open Menu secondaire

Les attitudes des Canadiens à l'égard du vote pendant la pandémie de COVID‑19 – Vague 3

Note de recherche : Est-ce que l'âge ou l'identité autochtone atténue l'incidence de la COVID‑19 sur l'intention de voter?

Peter John Loewen et Eric Merkley
PEARL (Policy, Elections, and Representation Lab)
Munk School of Global Affairs and Public Policy

Université de Toronto

26 octobre 2020

Dans les rapports 1 et 2, nous avons présenté des données des expériences, qui démontrent que le fait d'amener les répondants à penser à la COVID‑19 réduit leur intention de voter lors de la prochaine élection fédérale1. Nous constatons que cette incidence est la plus marquée chez les personnes qui perçoivent le risque associé à la COVID‑19 comme élevé. Dans la présente note, nous analysons de nouveau des données de nos expériences selon un modèle intra-sujets, menées aux vagues 9 à 13 du projet Observatoire de l'écosystème médiatique, afin de déterminer si cette incidence diffère selon l'âge et l'identité autochtone des répondants.

Nous examinons dans quelle mesure les répondants réduisent leur intention de voter après avoir été exposés à une grande quantité de renseignements sur la COVID‑19. Nous constatons que les jeunes répondants sont plus susceptibles que les répondants plus âgés de réduire leur intention de voter à la suite de leur réflexion sur la COVID‑19. Nous ne pouvons constater de différences entre les répondants autochtones et non autochtones, puisque le nombre de répondants autochtones est insuffisant. Cependant, nous constatons que les répondants moins scolarisés sont plus susceptibles de réduire leur intention de voter, de même que les répondants habitant en milieu urbain.

Méthodologie

Nous avons mené cinq sondages représentatifs à l'échelle nationale, aux moments suivants :

  • du 15 au 18 juin 2020 (N = 2 552);
  • du 22 au 29 juin 2020 (N = 2 548);
  • du 29 juin au 6 juillet 2020 (N = 2 495);
  • du 7 au 13 juillet 2020 (N = 2 539);
  • du 14 au 21 juillet 2020 (N = 2 526).

Pour chaque sondage, nous avons établi des quotas à l'échelle nationale, selon l'âge, le sexe, la langue et la région, afin que chaque échantillon soit représentatif de la population canadienne. Nous avons ensuite pondéré les données en utilisant la procédure d'ajustement proportionnel itératif (ipfweight) dans STATA16, pour chaque région, en fonction de l'âge et du sexe. Les répondants ont rempli les sondages sur la plateforme Qualtrics.

Chaque sondage nécessitait entre 20 et 25 minutes et portait principalement sur les attitudes et les comportements relatifs à la pandémie de COVID‑19. Nous considérons le sondage comme un moyen d'amener les personnes à réfléchir à la COVID‑19. Au début du sondage, nous posions la question suivante aux répondants : « Si une élection avait lieu demain, dans quelle mesure serait-il probable ou improbable que vous votiez? » (Possibilités de réponse : voterais certainement, voterais probablement, ne voterais probablement pas, ne voterais certainement pas.)

Vers la fin du sondage, nous posions la même question, mais en faisant mention de la COVID‑19 : « Compte tenu de la situation actuelle de la COVID‑19, si une élection avait lieu demain, dans quelle mesure serait-il probable ou improbable que vous votiez? » Le rapport 1, qui est uniquement fondé sur les données de la première vague, indique que l'intention de voter des répondants a diminué entre le début et la fin du sondage, et de façon plus marquée chez ceux qui perçoivent le risque associé à la COVID‑19 comme élevé.

Dans la présente note, nous analysons l'incidence de l'âge et de l'identité autochtone des personnes sur la réduction de leur intention de voter, en tenant compte d'autres caractéristiques démographiques. Pour une plus grande efficacité statistique, nous avons regroupé des répondants de chacun des cinq groupes et utilisé les données de l'expérience intra-sujets. Nous estimons un modèle de prévision du changement relatif à l'intention de voter selon le groupe d'âge (18 à 24 ans, 25 à 34 ans, 35 à 44 ans, 45 à 54 ans, 55 à 64 ans et 65 ans et plus), le niveau de scolarité, le revenu, l'identité autochtone, le lieu de résidence urbain ou rural, le genre et la région.

Résultats

Les estimations se trouvent dans le tableau 1, et la figure 1 représente l'incidence estimée de l'âge sur l'intention de voter. Il y a une diminution importante de l'intention de voter dans tous les groupes d'âge (p < 0,001), mais l'incidence est plus de deux fois plus importante pour ceux de 18 à 24 ans (-0,19) et ceux de 65 ans et plus (-0.08). Il faut noter que seuls 8 % des répondants de l'échantillon ont moins de 24 ans. Par conséquent, nos intervalles de confiance sont grands à cette extrémité du groupe d'âge. Les statistiques ne nous permettent pas de connaître la variation de l'incidence entre les groupes de 18 à 24 ans et celui de 25 à 34 ou de 35 à 44.

Figure 1. Réduction prévue de l'intention de voter par groupe d'âge. Remarque : Intervalle de confiance de 95 %

Figure 1. Réduction prévue de l'intention de voter par groupe d'âge. Remarque : Intervalle de confiance de 95 %

Description de la « Figure 1. Réduction prévue de l'intention de voter par groupe d'âge. Remarque : Intervalle de confiance de 95 %

Ce graphique démontre la relation entre l'effet prévu sur l'intention de voter lorsque l'intervieweur mentionne la COVID‑19 (l'axe des ordonnées) et les groupes d'âge des électeurs (l'axe des abscisses) sur une échelle de (-0,25 à 0,05) avec un intervalle de confiance de 95 % :

  Effet prévu sur l'intention de voter COVID‑19, mention de la COVID‑19
Âge  
18-45 ,19
24-34 ,17
35-44 ,14
45-54 ,9
55-64 -,1
65+ -,02

Nous ne constatons pas d'incidence de l'identité autochtone des personnes sur le changement de leur intention de voter. Il faut noter que seuls 2,6 % des répondants de l'échantillon ont déclaré avoir une identité autochtone; ainsi, nos données ne nous permettent pas de déceler une incidence faible ou moyenne. Ces résultats doivent être interprétés avec beaucoup de prudence.

Le niveau de scolarité et le lieu de résidence rural ou urbain sont également des facteurs prédictifs importants des changements d'intention. Il est attendu que l'intention de voter d'une personne ayant un diplôme d'études secondaires (-0,14) diminue davantage que celle d'un titulaire de baccalauréat (-0,11), mais l'incidence de cette variable est petite. Il est également attendu que l'intention de voter d'une personne vivant dans une grande ville (-0,14) diminue plus que celle d'une personne habitant en milieu rural (-0,09).

Tableau 1. Estimations de la régression
  Coefficient Erreur‑type
25-34 0,02 0,03
35-44 0,05* 0,03
45-54 0,09*** 0,03
55-64 0,10*** 0,03
65+ 0,11*** 0,03
Niveau de scolarité 0,01** 0,00
Revenu 0,00 0,00
Identité autochtone** 0,01 0,04
Lieu (rural ou urbain) -0,01*** 0,00
Femme 0,01 0,01
Québec -0,02 0,02
Ontario 0,01 0,02
Ouest 0,03 0,02
Constante -0,24*** 0,04
R2 0,01
N 11 262

* p < 0,1, ** p < 0,05, *** p < 0,01

Notes de bas de page

Note 1 Le Rapport 1 a été publié en juin 2020, et le Rapport 2, en août 2020.