Déclarations et discours
Université des Premières nations du Canada, campus de Saskatoon
La participation des Premières nations aux élections fédérales
Le 1er avril 2005
Allocution du directeur général des élections
Bonjour à tous. Tout d'abord, je tiens à remercier l'aîné Walter Linklater pour sa prière d'invocation de ce matin, et mon bon ami Phil Fontaine, le chef national de l'Assemblée des Premières Nations.
Je veux aussi remercier le chef Bird de son hospitalité. On m'a réservé un accueil vraiment exceptionnel depuis mon arrivée à Saskatoon, en ces terres du Traité no 6.
J'exprime aussi toute ma reconnaissance à la doyenne Mme Wheeler de m'avoir donné l'occasion non seulement de la rencontrer plus tôt cette semaine, mais aussi d'être ici aujourd'hui. Enfin, merci à la professeure McNab, et à vous tous.
Mon allocution va porter sur la participation des Autochtones aux élections fédérales. Le directeur général des élections (DGE) est le haut fonctionnaire du Parlement chargé d'administrer les élections fédérales. Je dois remplir ce rôle avec la plus grande impartialité, sans favoriser personne. Une fois nommé, le DGE demeure en poste jusqu'à 65 ans. Son autorité est semblable à celle d'un juge de la Cour suprême, ce qui lui assure l'impartialité et l'indépendance voulues pour remplir ses fonctions.
En préparant cette allocution, j'ai pensé à mon expérience à l'étranger. On peut avoir l'impression, lorsqu'on oeuvre sur la scène internationale, qu'on ne fait que donner. En fait, on reçoit aussi.
Un des professeurs de l'université me disait tout à l'heure qu'il n'est pas seulement un enseignant, mais aussi un étudiant. C'est la même chose pour les personnes qui travaillent sur la scène internationale.
Je me rappelle un proverbe qu'un collègue du Bangladesh m'a cité il y a de nombreuses années : « Ceux que vous abandonnez vous ralentissent; et ceux que vous écartez vous retiennent ». Cela m'avait semblé une illustration parfaite de l'importance de la participation populaire au processus électoral.
Ce proverbe avait aussi suscité chez moi quelques interrogations : où sont les personnes qui décident volontairement de ne pas participer au processus électoral? Les avons-nous abandonnées? Sont-elles restées à l'écart par leur propre faute? Est-ce que cela importe? Où est la cause, où est l'effet?
J'ai aussi pensé à l'excellent article qu'a publié Kiera Ladner dans le numéro de novembre 2003 de Perspectives électorales, qui portait sur la participation électorale des Autochtones. Perspectives électorales est une publication d'Élections Canada; je vous laisserai cet exemplaire, mais vous pouvez en commander en tout temps sur notre site Web, à www.elections.ca. Vous trouverez aussi sur notre site une section consacrée à la participation des électeurs autochtones, où sont décrits les programmes et les produits que nous avons conçus pour joindre les Autochtones.
Dans son article, la professeure Ladner évoque le phénomène de la désaffection pour expliquer la non-participation électorale des Autochtones par le passé. Selon elle, c'est le courant dominant de la société qui abandonne les Autochtones, et ralentit par le fait même la société dans son ensemble.
La professeure Ladner parle aussi du concept des « nations dans l'État ». Elle avance que les Autochtones du Canada constituent des nations possédant des cultures, des traditions et des conceptions distinctes, et qu'ils doivent décider de quelle façon leurs relations avec le Canada seront structurées et comment chaque nation doit participer aux affaires de l'autre. Elle soutient que participer aux élections fédérales revient pour les Autochtones du Canada à mettre de côté le concept de « nation dans l'État ».
Je ne sais pas si elle a raison ou tort, et je ne suis pas ici pour trancher. Si je suis ici, c'est plutôt pour soulever la question suivante : vaut-il mieux participer au processus électoral fédéral ou en rester à l'écart? Je crois que beaucoup de groupes au Canada pourraient se poser la même question.
Ils pourraient se la poser en songeant au passé, et ce serait instructif dans une certaine mesure, mais je ne pense pas que la perspective historique recèle toute la réponse. Je crois qu'il est plus pertinent de se poser la question dans l'optique du présent, et surtout du futur.
L'étude du passé est instructive en ce sens qu'elle nous montre les résultats obtenus. Mon personnel m'a gentiment fourni quelques statistiques toujours un bon moyen d'aborder un sujet et j'ai fait quelques calculs. Depuis 1867, 4 Inuits, 11 Métis et 6 membres des Premières nations, soit en tout 21 personnes d'origine autochtone, ont été élus députés au Parlement.
Après la dernière élection, mon organisme a demandé aux Canadiens : « Avez-vous voté? » La réalité, c'est que 60,9 % des Canadiens ont voté à l'élection fédérale de 2004. Selon notre sondage pourtant, le taux de vote serait de 83 %. Lorsqu'on demande de vive voix aux gens s'ils ont voté, il semble que la mauvaise conscience intervienne : 22 % n'ont pas dit la vérité. Ils disent en fait qu'ils souhaiteraient avoir voté.
Si on isole les répondants autochtones, on voit que 63 % d'entre eux disent avoir voté. On peut soustraire de ce taux 22 %, puisque, selon moi, le niveau d'honnêteté est le même chez tous les peuples du monde. Nos statistiques le confirment : 40 % auraient effectivement participé au vote.
Cinquante-deux pour cent des Autochtones dans les réserves ont déclaré avoir voté, contre 67 % des Autochtones hors réserves. On constate donc une différence entre ces deux milieux. N'oubliez pas cependant de soustraire 22 % de ces deux chiffres.
Nous savons aussi que le taux de participation des jeunes dont c'était la première élection a été de 37 %, donc encore moins de 40 %. Malheureusement, je ne connais pas le taux de participation des jeunes Autochtones; nos données ne peuvent pas être subdivisées à ce point.
Je voulais soulever ces points ce matin pour en venir à la question suivante : est-il bon pour les Autochtones de participer au processus électoral? Cette participation a-t-elle des avantages inhérents, ou est-elle sans intérêt?
Autre facette de la même médaille, est-il bon pour les Autochtones de se présenter comme candidats? En passant, le droit de voter et celui de se présenter comme candidat sont tous les deux des droits constitutionnels très importants. Une condition supplémentaire est cependant imposée aux candidats : ils doivent être libres de leurs mouvements, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas être incarcérés. Les restrictions sont moins strictes dans le cas des électeurs : les détenus ont le droit de voter, puisque c'est un droit constitutionnel reconnu à tous les Canadiens.
J'ai voulu soulever cette question pour nous donner un sujet de réflexion. Est-il bon pour les Autochtones de prendre part au système électoral? Et si la réponse est oui, j'espère que ce sera le début d'une discussion sur les meilleurs moyens de concrétiser cette participation.
J'ai parlé tout à l'heure de notre site Web, mais j'ai aussi apporté aujourd'hui d'autres exemples qui montrent les nombreux outils que nous avons créés au fil des années, en consultation avec les Autochtones. Je me souviens en particulier de ceux créés lors du référendum de 1992.
Je me suis souvent demandé combien d'Autochtones savaient à l'époque que la question référendaire avait été traduite en 37 langues autochtones et qu'à chaque bureau de scrutin au pays, on pouvait la lire ou l'entendre sur cassette audio dans toutes ces langues. Pour communiquer avec les Autochtones en tout dans 45 langues, Élections Canada avait entrepris l'un des programmes de communication les plus ambitieux de l'histoire des organismes parlementaires. J'en ai apporté quelques exemples.
Cette initiative est loin d'être la seule. Nous avons mis au point bien d'autres outils de communication avec les Autochtones, mais nous devons continuer nos efforts, tant sur le plan de la quantité que sur celui de la qualité. Pour ce faire, nous avons besoin d'être guidés par les Autochtones, mais avant tout, nous devons répondre à cette question fondamentale : « Est-il bon pour les Autochtones de participer au processus électoral? »
Merci.
